JUILLET 2011

 

 

Guilherme Batista - Sao Paulo / Brésil


Le racisme est-il dû au fait que beaucoup de gens ne connaissent qu'une seule culture et qu’ils la perçoivent comme étant supérieure à toutes les autres ?


La raison que vous indiquez peut certainement être considérée comme l’une des causes majeures du racisme. Celui qui a un comportement raciste est en général peu conscient du monde dans lequel il vit. Il se réfugie dans sa culture et ne s’ouvre pas à d'autres cultures. Sa connaissance des cultures étrangères est souvent très limitée, ce qui le rend incapable de donner une interprétation profonde à tout ce qui s’éloigne de sa propre culture. En tant que voyageur, j'ai eu la chance de rencontrer de nombreuses personnes de toutes origines ethniques qui manifestaient un véritable intérêt pour mon bagage culturel, et je n'ai jamais remarqué chez eux une attitude raciste. L'exploration d'une culture étrangère est toujours et pour tout le monde une aventure enrichissante, surtout lorsque l’on réussit à briser les règles purement rationnelles et protocolaires et à reconnaitre l'expérience émotionnelle des valeurs de cette culture. Plus nous pénétrons au sein d’une culture étrangère, moins elle nous est étrangère et plus nous comprenons que cette culture donne à beaucoup de gens un sentiment de sécurité et un sens à leur vie, et surtout plus nous réalisons que notre richesse intellectuelle dépend du fait que nous sommes capables d’aborder avec respect et dignité les autres cultures.

 


 

Natsumi Mizumoto - Yokohama / Japon


Quels textes sacrés voyez-vous comme la vérité ?


Cette question nous conduit vers deux autres questions : La première : que peut-on considérer comme sacré ? Et la seconde : Qu’est-ce que la vérité ? Sur la première question je peux être bref : Pour moi, rien n'est sacré et rien n'est pas sacré. Sur la seconde, je détermine la vérité comme la reconnaissance du mystère. Et le mystère ne se cache pas sous les mots mais dans la réalité elle-même. Plus nous accordons de la véracité aux mots ou aux écrits, qu’ils soient perçus comme sacrés ou pas, moins nous serons à même d’avoir une expérience directe avec le mystère. Autrement dit, la sacralité que nous accordons à des textes affaiblit souvent, et je dirais même nous éloigne, de l'expérience authentique de la vérité. Celui qui pense avoir la vérité ne recherche pas le dialogue avec les autres. Sa seule motivation est de trouver confirmation ou d’imposer sa vérité supposée.

 


 

Veerle Roche - Gand / Belgique


Que considérez-vous comme primordial dans l'éducation des enfants ?


L'éducation devrait être basée le plus possible sur la bonté. L'homme est une créature sensible et émouvante qui possède donc une bonté innée. Cette sensibilité est le fondement de la morale, mais comme l'émotivité dégénère facilement dans une attitude égocentrique, elle doit être affinée par l'éducation. La bonté, qui n’est qu'un autre nom pour désigner l'amour, devrait toujours être l'élément commun à toute éducation. Celui qui développe la bonté, développe également d’autres vertus comme la justice, la loyauté, l'honnêteté et d’autres formes relationnelles fondées sur le respect des sentiments des autres. Le résultat d’une telle éducation ne garantit pas le bonheur, mais il apportera toujours plus d'harmonie et de paix intérieure à l'enfant et dans le monde.

 


 

Antonio Borges - Caracas / Venezuela


La migration économique ne peut pas être résolue en faisant émigrer tous les pauvres vers les pays plus riches. Quelles solutions proposez-vous ?


L'injustice fondamentale réside dans l'économie mondiale elle-même, qui ne permet pas une existence digne pour beaucoup de gens. Le système économique actuel implique que la richesse de certaines nations dépende du fait que d’autres peuples vivent dans la peur et la détresse afin qu'ils puissent être facilement exploités. Si l'on veut lutter contre la pauvreté, nous devons être disposés à contribuer à un nouveau concept économique au sein duquel la liberté et la justice pour toutes les personnes dans le monde prennent une place centrale. Concrètement cela signifie que nous devrons, par le biais des pouvoirs politiques, forcer les grandes multinationales à s’engager à une redistribution du revenu mondial et à un partage équitable des ressources afin que les populations pauvres puissent en bénéficier.